Edito Monseigneur Bruno GRUA

L’Esprit viendra sur toi (Lc 1,35)

Homélie prononcée à la cathédrale pour l’entrée du diocèse dans son huitième siècle.

 

La date du 3 juin, toute proche de sa fête tourne nos mémoires et nos cœurs vers la figure fondatrice de Saint Flour. A son sujet la légende en dit plus que l’histoire. Excusez-nous du peu, elle en fait l’un des soixante douze premiers disciples du Christ, envoyé par Pierre lui-même évangéliser nos terres de Haute-Auvergne ! Plus vraisemblablement, faut-il dater sa venue chez nous du 5° siècle. Mais quelle que soit la vérité de cette chronologie légendaire, elle comporte un élément symbolique fondamental : l’Église n’existe que dans la communion aux apôtres, l’annonce et l’accueil de l’Évangile. La continuité du ministère épiscopal, la succession apostolique, en est le signe vivant, sacramentel. Il ne s’agit donc pas simplement d’une origine datée mais d’une source toujours vivante et agissante dans la vie de l’Église. Aussi, même si la naissance canonique du diocèse est beaucoup plus tardive, on ne peut en célébrer le jubilé sans évoquer la première annonce de l’évangile ici. Au moment où naissait officiellement le diocèse, l’Évangile avait déjà fait ici, dans la ville qui porte son nom et dans la Région, un long chemin, dans les cœurs mais aussi dans la culture, l’humanisation de la vie commune, politique, économique, sociale. Hier, comme aujourd’hui, comme demain l’Église n’est-elle même que lorsqu’elle reçoit l’Évangile des apôtres et lui donne chair. Alors, elle devient capable de l’impossible, de toutes les audaces : « Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source et à retrouver la fraicheur originale de l’Évangile, nous dit le pape François, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui ». L’avenir de notre Église repose sur la fidélité à l’Évangile.

 

Ce jubilé, nous le célébrons en la fête de la Pentecôte soulignée par la confirmation de 16 adultes ou grands jeunes. Chacun comprend qu’ils nous sont donnés comme un signe d’Espérance pour l’avenir. C’est avec eux que se construira l’Église du nouveau siècle qui s’ouvre. Mais plus profondément encore l’Esprit répandu le jour de la Pentecôte sur les apôtres et dont l’effusion se renouvelle pour nous aujourd’hui par le ministère épiscopal, l’Esprit est la source, l’initiateur de toute vie en Église. Il en est le fil rouge au cours des siècles jusqu’au retour du Christ. Lorsque Florus vient ici annoncer le Christ Ressuscité, que des hommes et des femmes commencent à espérer et à prier, c’est en eux hier et aujourd’hui le travail de l’Esprit. Lorsque des hommes et des femmes en lisant l’Evangile découvrent la fraternité et s’engagent hier et aujourd’hui au service du bien commun et de la paix, c’est l’œuvre de l’Esprit. Lorsque l’Église diocésaine éduque les enfants pauvres de nos campagnes, les ouvre à la culture comme un chemin d’humanisation, c’est l’œuvre de l’Esprit et elle se poursuit aujourd’hui dans l’enseignement catholique, les aumôneries scolaires, les mouvements de jeunes. Lorsque l’Église accompagne les plus pauvres et les plus éprouvés, malades, prisonniers, chômeurs, migrants aujourd’hui, c’est l’Esprit qui inspire hier et aujourd’hui cet amour gratuit et discret. Je pense à la bienheureuse Catherine Jarrige dont Mgr Maziers disait qu’elle était le Secours Catholique à elle toute seule. Lorsque notre Église diocésaine a envoyé tant et tant de missionnaires fonder de nouvelles Églises, leur annonçant l’évangile, leur donnant leurs premiers prêtres ou évêques c’est encore en elle le souffle de l’Esprit. Je pense, cher Mgr Philippe, à Saint Jacques Berthieu, fidèle jusqu’au sang, premier canonisé de votre ile et de notre diocèse. Je veux y associer aussi l’abbé Filhol, martyr à Mauriac de la Révolution. Oui, l’histoire de notre Église doit se lire de l’intérieur. Elle n’est pas simplement une succession d’événements sans inspiration et sans cohérence. Elle est l’œuvre, en notre histoire de l’Esprit de Dieu. Certes, l’Esprit la déborde. Il travaille largement le cœur des hommes, qu’ils le sachent ou l’ignorent. Chrétiens, nous le voyons, nous le nommons et nous rendons grâces pour tout ce qu’Il inspire de sentiments et de gestes d’amour.

Et vous chers amis, qui allez recevoir le sacrement de confirmation, l’Esprit de Dieu fait de vous les héritiers et les acteurs de cette histoire. Il vous donnera, tout comme à nous, de trouver dans l’Église votre place, unique, originale, en fidélité aux dons que vous avez reçus pour elle. Il rendra nos communautés accueillantes à la nouveauté que par vous il veut lui donner.

Vous recevez cet esprit en plénitude. Cette expression du rituel me frappe toujours. Aussi vif, aussi puissant qu’au jour de Pentecôte. L’Esprit n’est pas une onde toujours plus large et toujours plus faible. Ce n’est pas un parfum qui, avec le temps, s’évente. C’est l’Esprit de Dieu, toujours neuf comme au premier jour lorsqu’il planait sur les eaux, comme au jour de Pentecôte il souffle sur l’Église.

Elle est là, frères et sœurs, notre espérance pour l’avenir au moment où notre Église entre dans le huitième siècle de son histoire. Aux yeux des hommes elle peut paraitre vieillie et fatiguée. Je la crois jeune, toute jeune du souffle de l’Esprit. Que sera l’avenir ? Comment cela se fera-t-il? Pas plus que vous je ne peux répondre à cette question mais avec vous j’entends la réponse de Dieu : « L’Esprit viendra sur toi, il te couvrira de son ombre ». Je l’entends dire à Paul : « Ma grâce te suffit. Ma puissance se déploie dans la faiblesse ». Confiance !

+ Bruno Grua