Journées d’études de l’AAEF et assemblée générale

Vie Diocésaine n°11 - Novembre 2016

Les 12 et 13 octobre derniers se sont tenues les journées d’études de l’AAEF, association des archivistes de l’Église de France, à la Conférence des évêques de France à Paris. 130 archivistes diocésains et de congrégations religieuses étaient réunis autour du thème « La miséricorde, entre Charité et Solidarité ». La séance a commencé avec une intervention du père Luc Dubrulle sur « Les fondements bibliques et théologiques des oeuvres de Miséricorde ». Le théologien a rappelé les fondements théologiques de la Miséricorde : « Qu’il n’y ait pas de pauvres chez toi ».

 

La misère, a-t-il expliqué, est une brèche qui exprime l’identité brisée d’Israël ; de ce fait, la non-alliance sociale est aussi une non-alliance théologale. Il a également rappelé comment le rôle d’assistance «sociale » exercé depuis des siècles par l’Église a pris une forme institutionnelle, qui s’est transformée progressivement en service d’État (exemple des institutions hospitalières). François-Olivier Touati, professeur d’histoire médiévale de l’université de Tours, a traité de « L’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, les soins apportés aux malades ». L’historien a présenté les rapports complexes qui existaient entre les personnes venus soigner les lépreux et les malades eux-mêmes. Les lépreux étant condamnés à endurer d’abominables souffrances sans espoir de guérison, des hommes et femmes venaient en Terre Sainte pour les assister, se faisant un devoir de leur venir en aide. La proximité de leurs plaies et de leur souffrance représentait la perspective d’un Salut immédiat et l’hôpital de l’ordre de Saint-Lazare à Jérusalem était considéré comme « l’avant-garde de la Résurrection ». Les archives montrent que les « frères lépreux » ne subissaient, au XIIe et XIIIe siècle, aucune ségrégation dans ces lieux, mais jouaient un rôle d’intercesseur « vivant ». La conférence de Stéphano Simiz, professeur d’histoire moderne à l’université de Lorraine, a porté sur la Charité sous l’Ancien Régime. L’historien a évoqué la déterminante Théologie du devoir d’état, et rappelé le rôle déterminant des confréries et des congrégations dans les oeuvres de Charité et sociales sous l’Ancien Régime. Mathieu Brejon de Lavergnée, professeur d’histoire contemporaine à Paris IV, a ensuite traité de la Charité au XIXe siècle. L’intervention minimale de l’État dans les oeuvres sociales tout au long du XIXe siècle a naturellement favorisé les initiatives privées. Le XIXe siècle a été un siècle « très charitable », les oeuvres se sont multipliéesau travers des congrégations, des mis-sions et des confréries dans la continuité des actions menées sous l’Ancien Régime, le choc de la Révolution passé. L’historien a aussi évoqué la dimension politique de la Charité au XIXe siècle, liée à l’angoisse de la dissolution du lien social, dans une société dont le modèle social est fondé sur l’individualisme. Les interventions de jeudi ont porté sur les développements de la Charité au XXe siècle : Secours Catholique, CCFD, Emmaüs, etc.


Pascale Moulier, archiviste diocésain
Assemblée générale de l’AAEF


L’association des archivistes de l’Église de France compte actuellement 344 membres. Le rapport d’activité a été présenté par Nicolas Tafoiry, secrétaire gé-néral de l’association et archiviste du diocèse de Sens-Auxerre, rappelant les différentes actions menées dans l’année : journées de formation, journées d’études, publication des deux bulletins annuels, etc. Le nouveau guide en ligne des fonds d’archives ecclésiastiques privés a été présenté aux membres, fruit d’une collecte de données qui a duré près d’un an et qui sera mis en ligne sur le site internet de l’AAEF très prochainement. Ce guide permettra au public de savoir quels sont les fonds des différents services et comment y accéder. Cette initiative a bénéficié de l’impulsion et du soutien financier du Service interministériel des Archives de France (SIMAF). Gilles Bouis, le président de l’association, a présenté le nouveau projet de référents par province ecclésiastique, qui permettra aux différents archivistes diocésains et de congrégation de se rencontrer et d’échanger
une fois par an sur leurs expériences respectives.

Site de l’AAEF