Homélie de la nuit de Noël 2015


« Je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple » (Lc 2,10)

Chers Amis, Frères et Sœurs,

 

Vous avez eu raison de venir si nombreux ce soir, si nombreux que notre église habituelle Sainte Christine n’aurait pas pu vous accueillir tous dans des conditions satisfaisantes de confort et de sécurité. Vous avez eu raison de venir si nombreux parce que l’ange de Bethléem n’est pas venu susurrer une confidence à l’oreille de quelques-uns mais annoncer une « bonne nouvelle, grande joie pour tout le peuple ». L’empereur Auguste lui-même, ordonnant de recenser toute la terre parait, à son insu, convoquer toute l’humanité pour l’entendre et le cœur des anges rend gloire à Dieu au plus haut des cieux et annonce la paix sur la terre aux hommes qu’il aime c’est-à-dire à tous. Quel que soit notre chemin spirituel, la force de nos convictions religieuses, la solidité de nos liens en Église, le message de l’Ange de Bethléem est pour nous ce soir et nous venons ensemble l’écouter.

Ce message a un visage, celui d’un petit enfant, l’un de nous, entouré de la tendresse de Marie et de Joseph, héritier de la grande famille de David dépositaire des promesses faites par Dieu à son peuple Israël. Un enfant né pauvre parmi les pauvres, marginalisé déjà par la société de son temps qui l’accueille dans une mangeoire normalement destinée aux animaux. Un enfant dont la naissance est annoncée d’abord aux bergers des environs, une catégorie sociale méprisée à cette époque. Mais un enfant dont la naissance annonce l’unité de l’humanité et l’alliance du ciel et de la terre.

En cet enfant nous allons apprendre à reconnaitre les traits du visage de Dieu. En lui Dieu se rend visible à nos yeux. Et le trait dominant qui se dessine aujourd’hui c’est celui de la miséricorde divine, c’est-à-dire un amour à la fois tendre et fidèle. Le Pape François a invité l’Église à célébrer une année de la miséricorde qu’il a ouverte le 8 décembre. Voici la première phrase de la lettre par laquelle il l’annonce : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier ». Ce mot de  « miséricorde » résume cette Bonne Nouvelle annoncée aujourd’hui par l’ange. En Jésus Dieu fait miséricorde. Sa venue même est don de Dieu, signe de cet amour infini de Dieu pour nous malgré tout le mal qui défigure nos vies. Dieu n’en prend pas son parti. Il n’accepte pas de nous voir nous enfoncer dans la haine, la violence, l’égoïsme, l’indifférence, la peur de l’autre. Il vient mettre au cœur de nos vies une force de renouvellement intérieur quand son amour miséricordieux vient prendre chair en notre humanité. Cet enfant dont toute la vie sera jusqu’à la fin, par chacun de ses gestes, chacune de ses  paroles l’expression de l’amour miséricordieux du Père pour chacun de nous et pour l’humanité entière. Il va vers tous. Il rencontre les petits et les pauvres. Il prend son repas chez les pécheurs. Il lave les pieds de ses disciples. Il pardonne à ses bourreaux. Il met dans le cœur de ceux qui croient en lui et veulent marcher à sa suite la même force d’amour et de pardon. Elle est là la Bonne Nouvelle de cette nuit de Noël. L’humanité, en l’accueillant devient capable de lui ressembler. Elle n’est pas capable que du pire. Avec lui elle devient capable du meilleur c’est-à-dire de réaliser à son tour des œuvres de miséricorde, de poser des gestes de fraternité, de partage, de dialogue, de respect, de pardon si nécessaire. Et cette Bonne Nouvelle est pour tous. L’Église est donnée par Dieu pour en être le signe, par sa parole et par ses choix de vie.

Qui pourrait dire que pour notre société l’annonce d’une miséricorde offerte n’est pas une bonne nouvelle ? Qui peut y rester indifférent, quand nous vivons les drames meurtriers que l’on sait, quand notre société française est tentée par le rejet de l’autre, la fermeture de ses frontières, quand nous n’avons plus comme seul horizon que la satisfaction de nos désirs immédiats qui nous enferment chacun sur soi, nous laissant indifférents à la souffrance d’autrui, détruisant nos solidarités, nous privant de toute recherche d’un idéal commun. Notre société est dure, impitoyable pour le pauvre et le faible, pour celui qui ne se plie  pas à sa loi d’airain. Heureusement, aux heures les plus noires des signes d’espérance nous sont donnés quand des hommes sont capables de dépasser les tentations de vengeance pour tendre la main.

Ce soir, auprès de cet enfant, parce qu’il est le signe de l’amour miséricordieux du Père de tous, nous communions tous à un même désir de fraternité et de paix. Noël, c’est un appel à privilégier, dans nos vies, l’amour, la compassion, l’accueil, la compréhension, la solidarité, le pardon, la réconciliation, qui sont tout autant de facettes de la miséricorde du Seigneur. Noël, c’est un appel à chasser de nos vies toute forme de violence, de domination, d’intolérance, de rancune, d’égoïsme. Tout ce qui brise les relations, tout ce qui détruit l’être humain. Bref, un appel à se convertir à la miséricorde. 

Oui, Noël sera une Bonne Nouvelle pour tout le peuple si, au-delà de l’émotion de cette nuit qui rencontre nos désirs les plus profonds, nous entrons jour après jour dans une démarche de conversion qui fait de nous dans nos familles, nos villages, nos activités professionnelles, nos engagements de toute nature des acteurs de miséricorde.

Bonne année de la miséricorde ! Joyeux Noël !

+ Bruno Grua