Homélie de la Messe Chrismale (Avril 2016)

Jésus nous pardonne avec une caresse (Pape François)

« Toute célébration liturgique est l’œuvre du Christ prêtre et de son corps qui est l’Église. Elle est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre, l’efficacité au même titre et au même degré ». Ainsi s’exprime le Concile Vatican II dans la constitution de la Sainte Liturgie.

Avec cette messe chrismale, unique dans chaque diocèse, toujours présidée par l’évêque au cœur de la semaine sainte, nous communions au Christ, l’unique prêtre qui livre sa vie et qui, de son côté ouvert, fait naitre son Église et la vivifie.

 

La liturgie est toujours et d’abord l’œuvre du Christ. Il y exprime ce qu’il est pour nous et il y fait ce qu’il dit. Ce qu’il nous dit de lui-même, avec les mots du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur », ce qu’il nous dit là, aujourd’hui s’accomplit. Non pas simplement à la synagogue de Nazareth mais dans l’action liturgique qui rassemble l’Église qui est son corps.

Dans la lettre par laquelle il annonce un jubilé extraordinaire de la miséricorde, le pape François cite explicitement cette parole d’Isaïe lue et commentée par Jésus à la synagogue de Nazareth. Elle exprime le cœur même de la mission de Jésus, signe de la miséricorde du Père : « dire une parole et faire un geste de consolation envers les pauvres, annoncer la libération de ceux qui sont esclaves dans les nouvelles prisons de la société moderne, redonner la vue à qui n’est plus capable de voir car recroquevillé sur lui-même, redonner la dignité à ceux qui en sont privés ». Les gestes de notre liturgie d’aujourd’hui, par la bénédiction des huiles et la consécration du Saint-Chrême, expriment cette attitude de miséricorde du Seigneur. Elle est attention, proximité, soin, tendresse. Le Christ ne craint pas de rejoindre chacun de nous, de s’approcher, de toucher nos blessures, de laver nos plaies, de les adoucir. Il ne se tient pas à distance. Il se fait proche. L’huile suggère le contact, le « prendre soin ». C’est une constante du ministère de Jésus qui le distingue de l’attitude des scribes et des pharisiens qui se tiennent loin du lépreux et du pécheur dont ils veulent se protéger. Au contraire, pour Jésus, l’homme est toujours un blessé dont il faut se faire proche pour l’accompagner, le soigner, le guérir. « Grande est la miséricorde de Dieu et tout aussi grande celle de Jésus : il nous pardonne, non avec un décret mais avec une caresse ». (Pape François)

Nous avons été, nous serons marqués dans notre vie chrétienne par les saintes huiles. Célébrer la messe chrismale, c’est d’abord nous savoir redevables de la miséricorde de Dieu. Nous sommes nés à la vie chrétienne par miséricorde. Nous ne cessons de vivre de la miséricorde. Notre péché est le chemin par lequel nous découvrons la profondeur de l’amour de Dieu pour nous. Le reconnaitre et se laisser porter humblement par cet amour c’est la première condition pour être témoins de l’Évangile. Nous croyons parfois qu’il faut paraitre forts, cacher ses failles, afficher une façade de vertus. Dieu accueille plus joyeusement un pêcheur qui rentre au bercail que quatre vingt dix neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

 

L’amour de Dieu pour nous est si grand qu’en nous faisant miséricorde, le Christ nous associe à son propre mystère. Il nous recrée. Il fait de nous son corps. Aussi la liturgie que nous célébrons est-elle inséparablement la sienne et la nôtre. L’huile de miséricorde que nous recevons, nous la donnons à notre tour, en son nom. La mission décrite par le prophète Isaïe, parce qu’elle est celle de Jésus de Nazareth, devient la nôtre. La miséricorde, symbolisée par ces huiles, devient la caractéristique première de la mission de l’Église. Une Église qui, elle aussi, doit se pencher vers tous les blessés de la vie pour soigner leurs blessures. Nous savons comment ce thème est central dans la prédication du Pape François. Entendons ses appels parce que ce sont ceux du Christ. Entrons dans la logique de Dieu. C’est une autre unité de mesure que celle que nous utilisons habituellement dans notre société et qui nous rend si durs les uns pour les autres.. « Il faut entrer dans l’obscurité, dans la nuit que traversent tant de nos frères. Être capables d’entrer en contact avec eux, de leur faire sentir notre proximité…Aller vers les exclus, vers les pêcheurs, ne signifie pas permettre aux loups d’entrer dans la bergerie. C’est chercher à toucher le monde en témoignant de la miséricorde, celle dont nous avons été les premiers à faire l’expérience, sans jamais céder à la tentation de nous croire justes ou parfaits…Plus nous sentirons sur nous l’amour et l’infinie miséricorde de Dieu, plus nous serons capables de faire face aux nombreux blessés que nous rencontrerons en chemin avec un regard accueillant et miséricordieux. Prenons garde  à ne pas éteindre ce que l’Esprit-Saint allume dans le cœur des pécheurs, de ceux qui se tiennent sur le seuil, de ceux qui commencent à ressentir la nostalgie de Dieu. Ne soyons pas de ceux qui ferment les portes et érigent des frontières. Laissons-nous étonner, surprendre par la miséricorde du Seigneur toujours capable de créer du neuf.

Une Église qui consacre l’huile sainte, au nom du Christ, c’est une Église qui veut se faire proche, qui veut toucher les plaies de l’humanité pour les soigner. Il a pris sur lui nos blessures. Il s’est chargé de nos maladies. Il a traversé notre mort. Il est la Vie.

 

+ Bruno Grua