Edito été 2016

Le disciple n’est pas au dessus du Maitre

Nous venons de vivre une très belle retraite, à la Pomarède, avec les prêtres et les diacres. Le ciel, enfin, avait consenti une armistice ! Quatre jours de beau soleil, c’est toujours bon à prendre. La liberté d’aller et venir, dans ce magnifique site qui surplombe le lac, contribue heureusement au déroulement d’une retraite silencieuse et paisible. Nous étions 35 prêtres et diacres, chiffre rarement atteint : grâce de cette année jubilaire de la miséricorde, renom de notre prédicateur (Mgr Bernard Podvin, ancien porte-parole de la Conférence des évêques de France)…peu importe. J’en suis très heureux, convaincu que ces temps de fraternité vécus même dans le silence, d’écoute commune de la Parole de Dieu, de célébration intérieure de l’eucharistie et de l’office divin, tout cela contribue à souder notre presbyterium dans sa vie et sa mission. C’est l’un des chemins que prend le Seigneur pour faire de nous des frères et, dans cette fraternité des témoins. L’ordination nous fait entrer dans le presbyterium comme dans une famille. L’incardination nous lie à un diocèse par un lien quasi conjugal. Ce temps de retraite est l’un des moments où on le ressent le mieux et c’est un appel à le vivre en plus grande profondeur encore !

Nous avons pris du temps, du temps pour nous, du temps pour la prière, du temps pour l’écoute de la Parole, du temps pour le Seigneur. Témoignage provoquant dans ce monde de l’homme pressé, du toujours plus, du toujours plus vite, de ce monde de l’accaparement, de la possession. Nous avons voulu simplement accueillir, recevoir gratuitement, paisiblement, humblement le don de Dieu.

Le Père Podvin, en accompagnateur spirituel avisé, formé à l’école de Saint François de Sales, a conduit cette retraite comme un longue « lectio divina », dans la méditation de quelques récits évangéliques, illustrant le thème général qu’il nous avait proposé : « Le disciple n’est pas au-dessus du Maitre…il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maitre » (Mt 10, 24-25). Le ton est donné : contempler le Maitre pour devenir son disciple. Cela peut surprendre pour une retraite de prêtres et de diacres. Ne sont-ils pas déjà disciples ? Sans doute, mais la décision de le suivre et la marche à la suite du Christ sont chaque jour à renouveler. Tout n’est pas dit en un jour. Saint Luc l’exprime avec finesse :  « Quittant tout et se levant, il le suivait » (Lc 5,28). Se redécouvrir disciple est capital pour les ministres que nous sommes. L’appel que nous avons entendu, la réponse  souvent timide que nous lui donnons, ne se comprennent dans toute leur profondeur que dans l’appel à devenir disciple, à marcher à la suite du Christ. Il prend pour nous la forme particulière du service du Peuple de Dieu, de sa prière, de sa suite du Christ, du monde en attente d’Evangile. Nous sommes pasteurs en étant comme les modèles du troupeau (1 P 5,3), brebis parmi les brebis que le Seigneur, dans sa miséricorde, porte sur ses épaules.

 

Le climat évangélique de cette retraite, comme Jésus avec ses disciples, nous a permis, le denier matin, un beau partage de ce que chacun retenait de ces jours, une parole du Christ par exemple, ressentie comme un nouvel appel, une relance, une espérance, une question. Je rêvais depuis longtemps  d’un tel partage sans bien savoir comment le provoquer. Il y a tant de pudeur entre nous à partager l’essentiel de ce qui nous fait vivre pourtant. Nous l’avons, pour un temps, abandonnée. Nous avons accepté de nous exposer sans armure, sans fard. Je le reçois comme un don du Seigneur. Comme le feu, la foi grandit lorsqu’elle se communique !

Avec l’accord de ceux qui se sont exprimés, je cite en terminant quelques-unes des confidences entendues, tout en sachant bien que l’expérience vécue est difficilement transmissible :

« Le disciple n’est pas plus grand que son maitre. Le suivre, le contempler pour devenir comme son maitre »

« Ne pas se prendre pour le Maitre, mais, comme le Père, se laisser remuer jusqu’aux entrailles »

« Venir à Lui, doux et humble de cœur »

« Rester sans cesse des commençants »

« Demeurer disciple. Éviter l’autosatisfaction »

« Je prie pour ne pas être un obstacle entre les hommes et Dieu ».

« Jeter les filets mais avec qui discerner où les jeter ? » « Veiller à ce qu’il y ait en chacun de nous le désir de jeter les filets et non pas jeter l’éponge ».

« Être accueillant. A ceux et celles qui viennent voir Jésus de nuit (Nicodème) ou le touchent par derrière pour être guéris ».

« Dans notre prière, oser demander l’impossible »

Beaucoup d’aussitôt dans l’Evangile. Pas d’atermoiement. Se lever. Mouvement. Suis-moi.

« Ecoute, sinon ta langue te rendra sourd » (Proverbe anonyme)

Il faut aimer ce que Dieu aime : or, il aime notre vocation ; aimons-la bien .(St François de Sales)

Garde la Parole, elle te gardera.

 

Puissent ces quelques lignes vous faire partager un peu de l’expérience spirituelle de vos prêtres, ce qui est le plus précieux.

 

+ Bruno Grua